11.07.2007
Roman pour l'été
Confessions d’un enfant du siècle dernier
Au secours pardon de Frédéric Beigbeder, Grasset, 319 p., 19,90€.
Frédéric Beigbeder n’est pas vraiment un romancier mais c’est un écrivain. Dans ses livres il parle surtout de lui, de ses doutes, de ses plaies béantes, mais il parle aussi de nous, les hommes, qui avons tant de mal à bien vivre dans ce 21ème siècle plus féminin que jamais.
Il reprend le personnage d’Octave Parango de 99F (son double), premier roman où il réglait ses comptes avec la pub avant de claquer la porte de l’agence où il travaillait. Là, Octave ayant plus ou moins bien digéré la télé, la célébrité, les nuits parisiennes et le cocktail coke-partouzes-Lexomil, part pour Moscou comme « scout » (recruteur) pour une agence de mannequins. Il doit trouver « Le visage » du nouveau millénaire, pour une marque de cosmétiques que tout le monde connaît, l’Idéal, « cette crémerie cancérigène pour joues ». Il écume les boîtes de Moscou, les hôtels, les sorties de lycées, part pour Nijni-Novgorod, traque la Tchétchène, l’Ukrainienne ou la Biélorusse.
Mais surtout il a retrouvé un pope rencontré à Paris devant l'église orthodoxe de la rue Daru, à qui il entreprend de se confesser. Et donc ce roman décousu entremêle l’histoire d’Octave le chasseur de filles blasé et corrompu, avec celle d’Octave enfant du siècle désabusé, dépressif, cherchant un sens à sa vie, une issue à son amour/haine pour les femmes. « J’avais peur des femmes et de leur pouvoir grandissant (…) Dès qu’elles me disaient oui, je cherchais à m’en débarrasser et dès qu’elles me disaient non, je m’en éprenais ». Tout est là, cela peut paraître banal, tant l’histoire des rapports amoureux entre hommes et femmes est bien résumée, mais Beigbeder adore les contradictions. Il en profite également pour passer au vitriol notre société de consommation et ses travers, issus du capitalisme mondialisé. Alter, Beigbeder ? Voici ce qu’il me confiait lors d’une interview : « J’ai de gros doutes sur le fonctionnement du capitalisme mondialisé, en train de s’auto-détruire dans une grande fête à laquelle je serais heureux d’avoir participé d’ailleurs. Mais je me sentirai quand même coupable par rapport à ma fille quand je devrais lui dire qu’il n’y a plus d’air, que tout est foutu… » Encore une contradiction…
Alors faut-il lire ce roman ? Oui, car on y trouve maîtrise du style, critique de notre société, amour de la littérature russe et de son romantisme échevelé, abîmes insondables des relations hommes/ femmes, désespoir d’un écrivain qui aimerait recéler la possibilité d’une œuvre, lui qui admire tant Houellebecq…D.A.
(photo L. Crespi/ Grasset)
11:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : livre, roman, littérature, Beigbeder, Grasset, critique, blog

